Jacques Villeglé

Les œuvres

Rue Lafayette (AP19)
16 octobre 1965
28,5 x 32,5 cm
Affiches arrachées collées sur toile

Le titre et la date de l’œuvre indiquent avec précision le lieu de la rue parisienne et la date exacte à laquelle Villeglé a arraché d’un mur les restes d’affiches publicitaires préalablement déchirées par des mains anonymes.
Dans ce cas précis, il se trouve que ce reste d’affiche est une partie de la publicité d’une galerie parisienne pour une exposition de Georges Mathieu, l’un des principaux artistes français de l’expressionnisme abstrait dans les années 1950. L’appropriation des morceaux d’affiche donne également naissance à une œuvre abstraite, mais réalisée involontairement par le mauvais traitement anonyme subi dans la rue.
L’affiche publicitaire était – et reste – l’étendard de la société de consommation. En l’arrachant de la voie publique après avoir été défigurée de manière fortuite, des fragments de celles qui se trouvent en dessous apparaissent et permettent au spectateur de jouer avec la force des images composées par le hasard. Reconstituées dans l’atelier, elles prennent une nouvelle vie en tant qu’œuvres d’art dans la galerie, dans l’exposition et dans le musée.

Barcelone
2002
Affiches arrachées collées sur toile
75 x 51 cm

L’œuvre Barcelona de Jacques Villeglé est un exemple relativement récent du travail de Villeglé qui, depuis 1949, arrache et s’approprie des affiches publicitaires, principalement à Paris ou dans d’autres villes qu’il visite, déchirées et défigurées par des mains anonymes sur des panneaux, des murs et d’autres éléments du mobilier urbain.
Son intervention en tant qu’artiste s’achève lorsqu’il les recompose dans son atelier, les encadre, les fixe sur un support permanent et enfin les signe. C’est à partir de ce moment qu’elles prennent une nouvelle vie en tant qu’œuvres d’art dans des espaces institutionnels : la galerie, l’exposition et enfin le musée. À ce moment-là, les « affiches déchirées », affiches lacérées, comme il les appelle, acquièrent un statut artistique.
Il créera l’idée ou la figure mythique du Laceré Anonyme, expression qui sert à renforcer l’idée de l’existence inconsciente d’un esprit collectif qui concentre l’ensemble des auteurs anonymes qui ont déchiré une affiche à un moment donné.

L’artiste

(Quimper, Bretagne, 1926 – Paris, 2022)

Jacques Villeglé est né en 1926 à Quimper (Bretagne française). Membre du groupe des Nouveaux réalistes, il est une figure marquante de l’histoire de l’art contemporain. Dans les années 50 et 60, son œuvre, aux côtés de celle d’autres affichistes tels que Dûfrene, Hains, Rotella, a été la première contribution européenne au développement d’un nouveau langage artistique après le dadaïsme et le surréalisme.
Parallèlement, depuis 1959, Jacques Villeglé note tous les signes alphabétiques qu’il trouve dans des graffitis anonymes sur tous types de supports urbains.
Cette collection infinie lui a servi à créer ce qu’il appelle des alphabets socio-politiques. Il s’en est servi pour créer une typographie personnelle avec laquelle il a ensuite élaboré des messages poétiques, littéraires, artistiques ou politiques.
Villeglé fut membre fondateur du groupe des Nouveaux Réalistes impulsé par le critique Pierre Restany en réaction à l’abstraction académique du Paris de l’après-guerre. Plusieurs artistes ont expérimenté l’appropriation de la réalité banale de la vie domestique ou urbaine, technologique et industrielle. Ils travaillaient avec des matériaux et des objets produits par l’industrie de consommation, les détournant de leurs fonctions initiales ou les récupérant dans les déchets. L’ironie ou le hasard sont souvent présents dans les manipulations d’objets afin de proposer des expériences différentes et d’ouvrir des possibilités de réflexion sur le quotidien du spectateur.


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