Joel-Peter Witkin
L’oeuvre
Visitation, Paris/New Mexico (diptyque)
2004
27,1 x 27,5 cm
Tirage argentique
Le diptyque Visitation, Paris/New Mexico de l’Américain Witkin évoque un thème classique de la vie de Marie, mère de Jésus. Après avoir été informée par un ange qu’elle a été choisie pour être la mère d’un fils de Dieu, Marie rend visite à sa cousine Élisabeth, également enceinte de celui qui deviendra plus tard Jean-Baptiste.
Dans cette visite particulière, Witkin modifie la scène. Le visiteur n’est pas Marie, mais un prédicateur d’un certain âge, entièrement vêtu de blanc. Isabelle est une très jeune fille et tous deux se trouvent dans une baignoire qui annonce le culte du bain comme baptême purificateur. La colombe a été remplacée par un cheval également blanc qui apparaît à droite de la scène.
L’artiste utilise une technique de sursaturation de la lumière qui donne lieu à une scène où se croisent le rêve et la religion. La petite fille dans la baignoire, la couleur blanche, le cheval et le pasteur avec la Bible à la main créent une atmosphère inquiétante et irréelle.
En contraste, l’autre côté du diptyque est totalement différent. Une jeune femme nue, allongée sur un canapé ou un lit, se couvre les yeux. Sur son corps, les points essentiels de la maternité sont entourés de cercles tracés à l’encre noire. À côté du sexe, un petit squelette ajoute au mystère de l’ensemble de l’image, rappelant la célébration caractéristique de la mort dans la société mexicaine. La femme est allongée dans une pièce encombrée d’objets, avec une étrange silhouette qui passe apparemment inaperçue car elle est totalement floue et bougée (un ange ?). Alors que la partie gauche est nette et claire, la partie droite est floue, avec une présence étrange qui renforce le caractère onirique de l’ensemble.
L’artiste
(Brooklyn, N. York, 1939)
Parmi ses principales influences, Witkin cite Giotto, le peintre transcendantal toscan du XIVe siècle. Cette affirmation se comprend immédiatement à travers la composition et l’organisation des scènes photographiées par Witkin ; les images de profil, les volumes indépendants bien définis et la solennité des scènes sont renforcés par une intensité lumineuse éblouissante.
Ses photographies abordent souvent des thèmes et des sujets tels que la mort, le sexe, les cadavres (ou parties de corps) et des personnes telles que les nains, les transsexuels, les hermaphrodites ou les personnes présentant des malformations physiques. Ses compositions complexes évoquent souvent des passages bibliques ou des peintures célèbres, conférant à son art un caractère à la fois transgressif et surprenant. Il est considéré comme un « amoureux des indésirables, des blessés, des parias », et cette acceptation inconditionnelle caractérise généralement son œuvre, à l’instar de saint François d’Assise.
Son approche du processus physique de la photographie est très intuitive et consiste notamment à tacher ou à rayer le négatif. Malgré les controverses et le fait que les photographies de Witkin aient fait leur entrée dans le monde de l’art à une époque où les œuvres photographiques y étaient rarement présentes, il a eu l’opportunité de rejoindre les musées les plus modernes du monde, tels que la Bibliothèque nationale à Paris, le MoMA de San Francisco, le Stedelijk Museum d’Amsterdam, le MoMA de New York et le Whitney Museum.