Erró (Gudmundur Gudmunsson)

Les œuvres

I am happy (Je suis heureux)
1960
31 x24 cm
Collage

Ce collage de 1960 reflète l’esprit des œuvres d’Erró depuis ses débuts. Il découpait des images et des phrases extraites des médias pour leur donner un sens nouveau et inattendu, qu’il traduisait par un titre surprenant.
Le thème récurrent de toute l’œuvre d’Erró réside dans la multiplicité des significations des images et des phrases qui peuplent les médias et dans la facilité avec laquelle elles peuvent être (et sont) déformées ou manipulées. Aujourd’hui, au début du XXIe siècle, cette préoccupation persiste et reste plus que jamais d’actualité.
L’œuvre est composée de deux photographies étrangères découpées et assemblées verticalement. Dans celle du haut, sur un fond rouge, la photographie en noir et blanc d’une minuscule souris qui semble se promener tranquillement sur un cactus aux longues épines menaçantes. Dans celle du bas, deux bras se lèvent dans un geste qui peut être aussi bien de joie que de désespoir sur un fond divisé en deux zones très distinctes.
Le caractère inquiétant réside dans deux phrases en anglais découpées dans une publication : « Kidnapper snatches baby two hours old… says : I’m happy », la phrase qui donne son titre à l’œuvre, c’est-à-dire « Un ravisseur enlève un bébé de deux heures… dit : je suis heureux ».

Valencia scape (Paysage de Valence)
1982
47 x 74 cm
Collage

Cette œuvre a été exposée lors de l’exposition monographique que lui a consacrée la Fondation Stämpfli à l’automne 2012, Erró, l’œil planétaire. À la fin de l’exposition, l’artiste islandais en a généreusement fait don à la Fondation.
L’accumulation de personnages découpés dans diverses bandes dessinées et recomposés à travers un collage dans une nouvelle œuvre montre clairement l’un des styles de l’œuvre d’Erró, très différent de l’autre œuvre de la collection, Coup de Vent.
Paysage de Valence a été exposée dans une autre exposition anthologique organisée dans cette ville.
Il convient peut-être de rappeler que dans le domaine de la bande dessinée, à partir de 1975-77, au début de la transition vers la démocratie, il y a eu une grande explosion des langages créatifs propres à la liberté d’expression de la culture populaire qui a suivi la mort de Franco. Makoki ou El Víbora sont peut-être les titres les plus représentatifs, inspirés de l’underground américain, écrits en espagnol bien que leurs auteurs soient nés en Catalogne.
À Valence, qui avait une tradition de dessinateurs de bandes dessinées remontant aux années 50, voire avant, une série de jeunes dessinateurs ont fait leur apparition et ont développé un style caractéristique de cette ville, défini comme le « dessin au trait clair » valencien, sans ombres ni profondeur. On l’appelait « Underground Valenciano ». À cette époque, dans le monde des dessinateurs et des créateurs de bandes dessinées, il existait deux tendances totalement opposées, avec des différences profondes. D’un côté, les partisans de la bande dessinée plus traditionnelle et plus réaliste et, de l’autre, ceux qui pratiquaient la ligne claire, inspirés d’un classique des années 30, Tintin, avec des couleurs plates, sans ombre ni volume.
Le fait que tous les personnages choisis, découpés et utilisés par Erró dans son œuvre aient ce style en commun peut expliquer le titre, Paisage de Valence

Coup de vent
2000
151 x 99 cm
Huile sur toile

Coup de vent est une œuvre réalisée en 2000, un an avant l’attaque terroriste contre les tours jumelles à New York. Au premier plan, on voit la grande image de Mao Zedong, le leader communiste chinois, fondateur de la République populaire de Chine, décédé vingt-quatre ans plus tôt, en 1976. Il est peint d’une seule couleur terre cuite évoquant celle des statues funéraires enterrées des anciens guerriers chinois de Xi’an.
En 2000, la République populaire de Chine était dirigée par Jiang Zemin qui a officiellement introduit le terme « économie socialiste de marché ». C’est-à-dire la conciliation des aspects économiques capitalistes et socialistes.
Le vent qui donne son titre à l’œuvre écarte un grand rideau sur lequel se répète le visage de Mao en noir et blanc, comme sur une photographie ancienne. Le mouvement du rideau met en relation le premier plan de la statue de Mao, décédé vingt-quatre ans auparavant, avec un arrière-plan urbain identifiable à Manhattan, le cœur du capitalisme.

L’auteur

(Olafsvik, Islande 1932)

Erró, de son vrai nom Gudmundur Gudmundsson, est un artiste politique et social ; il crée des paysages urbains avec l’esthétique des affiches de propagande politique, de la bande dessinée et des dessins animés. Ce sont des images issues de l’imaginaire de la culture populaire ou de l’affiche politique.
Il s’agit d’un art visuellement attrayant et agréable, mais seulement en apparence, bien au contraire : c’est un art critique qui présente un monde dans lequel les êtres humains apparaissent sous forme de caricatures et de stéréotypes. Ses images cherchent à mettre en évidence la difficulté de la connexion entre l’art et les masses si ce n’est à travers des figures tirées des médias les plus populaires, facilement lisibles par toutes les classes sociales de tous les milieux culturels.
L’œuvre que nous commentons ici contraste fortement avec la grande majorité des œuvres d’Erró. Il s’agit d’une œuvre qui ne comporte que deux figures d’un seul personnage, Mao, et réalisée selon la technique traditionnelle de la peinture à l’huile. Son style se caractérise par le fait qu’il remplit la surface de ses toiles d’une grande accumulation de nombreux personnages tirés de photographies, de bandes dessinées et de magazines.