Pol Bury
L’oeuvre
Volume figé M NC
1993
24 x 35 x 25 cm
Œuvre originale multiple n° 2/8
Sculpture en cuivre patiné
Les Volumes Figés et les Volumes Miroir sont deux séries de petits formats que Pol Bury n’a cessé de réaliser au cours des dernières décennies de sa vie.
En tant que volume figé, nous devons considérer qu’un certain mouvement s’est produit auparavant. Ce que nous avons devant nous, ce sont les positions successives d’une même plaque carrée qui, en tournant sur l’un de ses angles, trace une courbe hélicoïdale régulière – générée par une ligne droite – et irrégulière – puisque chaque carré est plus petit que celui qui le précède. L’hélicoïde est une forme fréquente dans la nature, comme la coquille d’un escargot.
Si le mouvement théorique d’une forme géométrique de révolution est idéal, donc éternel, il n’en va pas de même dans la nature. La mort arrête le mouvement et, peut-être, le passage du temps au cours duquel les composants chimiques l’immortalisent sous forme de fossile.
La référence à la mort et au fossile est tirée d’un texte écrit par Bury, La lenteur arrêtée, dans une brochure publiée à l’occasion de l’exposition des Volumes figés en 1996.
La collection complète des Volumes figés comprend 28 pièces différentes. Huit exemplaires numérotés ont été produits de cette œuvre en particulier ; celui-ci est le 2/8. Les 28 sont différents et classés par ordre alphabétique, dans ce cas par la lettre N. La lettre C indique le matériau, le cuivre. Il existe une autre série presque identique en acier inoxydable poli appelée Volumes Miroir.
L’artiste
(1922, Haine-Saint-Pierre, La Louvière, Belgique– 2005, París)
Pol Bury était l’un des principaux artistes cinétiques.
Un résumé de sa vie artistique doit commencer par un bref passage à l’École des Beaux-Arts de Mons à l’âge de 18 ans et par son voyage à Bruxelles en 1940, où il entre en contact avec le groupe surréaliste et René Magritte. L’invasion allemande de la Belgique et la guerre mettent fin à tous ses projets. Bury entre dans la résistance et s’enfuit en France. En 1945, la guerre prend fin et Magritte organise Surréalisme, une exposition internationale réunissant 36 artistes, parmi lesquels Bury. En 1948, à Paris, il se tourne vers la peinture abstraite avec le groupe expressionniste CoBrA (Copenhague, Bruxelles, Amsterdam).
En 1950, un événement marquant se produit : l’exposition de Calder à la galerie Maeght à Paris, où il découvre le « langage du mouvement ». Il comprend que le repos n’existe pas dans l’univers et décide que l’énergie, l’espace et le temps doivent être le domaine de sa recherche esthétique.
En 1953, il adopte définitivement le volume lors d’une exposition à Bruxelles, 10 Plans Mobiles, 10 œuvres composées de panneaux géométriques irréguliers superposés, de couleurs unies, qui, en tournant autour d’un axe central, pouvaient être positionnés indépendamment. Le spectateur pouvait les déplacer pour créer ses propres compositions abstraites. Ce jeu aléatoire ne satisfait pas Bury, qui élimine toute intervention extérieure en introduisant de petits moteurs électriques cachés qui les font bouger lentement.
La galeriste Denise René l’invite à l’exposition historique Le Mouvement qu’elle présente en 1955 à Paris. Ce fut un moment décisif pour Bury. La présence d’œuvres de Duchamp et Calder confère une légitimité à la nouvelle génération d’artistes participants à ce qui fut la présentation publique de l’art cinétique.
En 1958, les bases de l’art de Pol Bury étaient déjà posées : le volume, l’abstraction, la géométrie, le mouvement et la lenteur.
Au cours des années 60 et 70, il a produit une série d’œuvres parmi lesquelles on peut citer :
Les Puntuations, des faisceaux de tiges très fines et longues de la même couleur sombre que la base de support d’où elles émergent. Elles se déplacent lentement à la verticale ou à l’horizontale. Leurs extrémités sont peintes d’une petite tache blanche qui ressemble à une constellation de points flottants imperceptiblement mobiles, produisant un effet hypnotique sur le spectateur.
Les Muebles, formes parallélépipédiques en bois sur lesquelles des cubes, des sphères, des cylindres et/ou des pyramides se déplacent lentement et de manière imprévisible.
Toutes les œuvres portent l’empreinte du surréalisme de ses jeunes années. L’inattendu, l’énigmatique accompagnent toujours un sens de l’humour déconcertant, teinté de dadaïsme.
Sa participation à la Biennale de Venise en 1964 le propulse aux États-Unis où il s’impose sur la scène internationale. En 1970, il est professeur invité à Berkeley où il entame une tournée rétrospective qui s’achève au Guggenheim de New York. Aimé Maeght l’expose à Paris et dans ses galeries de Zurich et Barcelone.
Cette situation lui permet d’aborder des projets de grand format et de travailler le métal. L’acier, le cuivre, le laiton lui permettent d’adopter le magnétisme comme moteur. Dans les mêmes années, les surfaces en acier poli, courbées ou sphériques, animées lentement, deviennent des miroirs qui reflètent et déplacent l’environnement du spectateur.
En 1973, il entame la série Sculptures de corde. Des cordes de piano tendues sur une structure en bois sont frappées par des ongles métalliques de cylindres sectionnés et des sphères mobiles. Le hasard de la composition rappelle des formes musicales proches de John Cage.
En 1969, il avait intégré l’eau comme force motrice. L’eau est un miroir en mouvement constant – un thème qui intéressait déjà les impressionnistes – et un moyen de déplacer des volumes géométriques, en particulier des sphères. La Fontaine cinétique pour le musée de l’université de l’Iowa fut la première tentative d’une longue série de fontaines dans des espaces ouverts au public. À la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence, dans le hall du Guggenheim Museum de New York en 1980, dans les jardins du Palais-Royal à Paris en 1985, à Séoul en 1988 et à Yamagata au Japon en 1994.
Des années 80 jusqu’à la fin de sa vie, les fontaines et les « capteurs de ciel », pièces géométriques en acier inoxydable en plein air reflétant le ciel, occupent une grande partie de sa production. Parallèlement, il n’a jamais cessé de réaliser des œuvres de petit format comme les séries « Volumes Figés » et « Volumes Miroir », dont fait partie l’œuvre présentée ici.